Un fossé qui nous sépare…

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Je travaillais à temps plein dans une maison de haute couture. Je me définissais alors comme « couturière ». j’avais un rôle parmi mes pairs. A cette annonce, mes interlocuteurs ayant posé la question : « Tu fais quoi toi dans la vie ? », avaient un haussement de sourcils : surpris ? Admiratifs ?

Je nourrissais mon besoin d’appartenance.

J’ai démissionné, car mes besoins de respect de moi, de mes rythmes, de cohérence avec mes valeurs, de co-création, de partage, de souveraineté, d’actualisation de mes potentiels, d’évolution et d’apprentissage, d’inspiration, d’expression, de paix et d’harmonie… n’étaient pas nourris. La balance était quelque peu déséquilibré me direz vous, enfin, peut-être ?…

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Aujourd’hui, j’ai choisi de nourrir tous ces besoins, petit à petit en cherchant, en tous cas en m’accordant du temps pour chercher des stratégies qui pourraient répondre à ces besoins. Je passe donc 70 % de mon temps chez moi, dans les environs. Je sors de chez moi quand j’en ai l’élan et l’enthousiasme. Je travail à ce que mes actions soient de plus en plus conscientes.

. « Hein quoi ? …tu fais quoi, j’ai pas bien compris ? »Concrètement je fais…

. des petits essais de culture dans notre jardin de 50 m². Je cuisine, prépare, transforme, la plupart des aliments que nous mangeons et que j’achète bruts. Quand je trouve un peu de temps je me fais un vêtement, car je me suis mise au défi sous forme de jeux de ne plus acheter de vêtements issus de l’industrie, et de mettre mes compétences de couturière à mon service directement, et au service de ma famille et de la protection de la nature : je remplace progressivement les mouchoirs en papiers, le papier toilette…par des lingettes et mouchoirs tissus lavable. J’apprends le bricolage, transformation de palettes en jardinières, repeindre un portail, fabriquer des étagères…

Besoins de cohérence avec mes valeurs/de souveraineté/d’actualisation de mes compétences/d’expression/de connexion avec le vivant…

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J’apprends à vivre avec un enfant, je m’inspire de cet être connecté bien plus que moi à ses besoins. J’apprends à écouter mes besoins, à repérer mes rythmes. J’apprends à écouter mes voies intérieures en colère, en rage car conditionnées et frustrées de voir que cet enfant est libre et affranchi de ces conditionnements !!! Je me régale de voir, de mesurer, d’observer chaque jour que cet enfant se nourrit de la vie, fait ses apprentissages sans qu’il y ait le moins possible de coercition.

… « Hein quoi ? Tu fais quoi ? »

Ce que je fais c’est que…

.je passe du temps avec mon fils, environ 80 % de mon temps. Il a 4 ans et demi et n’est pas inscrit à l’école (petite précision car la majorité et plus, des enfants vont à l’école…) Il passe ses journées à jouer, à s’enthousiasmer sur les volcans, les tornades, les engins de chantiers, les voitures, les livres et les histoires qu’ils contiennent, les films et les histoires qu’ils racontent, les gens qu’il rencontre, les rêves qu’il fait. Il dessine des hommes sous la pluie, des tornades, des oranges…Il commence à écrire et commence à manifester de l’intérêt pour l’écrit. Il fabrique des pancartes pour dire aux tornades qu’elles ne peuvent venir chez nous. Nous allons à la médiathèque au moins une fois toutes les deux semaines. Nous rencontrons des familles qui ne scolarisent pas non plus leurs enfants. Nous allons au parc, nous ramassons des framboises dans notre jardin, nous faisons des gâteaux quand nous vient l’envie d’en manger. Je répond à ces questions, j’emprunte des livres, je montre des gestes, je propose des activités…je ne m’attends à rien ou presque…Et quand je m’attend à quelque chose je lui hurle dessus, avec toute la confusion que cela m’apporte ensuite. Je répare donc en lui avouant mes erreurs, mes limites. Et nous cherchons ensemble des solutions, nous dansons…

… « Ah tu fais l’école à la maison !!! »

Et bien non, depuis que j’ai lu certains auteurs de livre, que j’ai vu certains films et documentaires et que j’ai entendu certains témoignages, une certaine conscience m’est apparue, car ces lectures ont touchées mon enfant intérieur, blessé et conditionné par l’école et le manque de liberté et d’autonomie.

J’ai donc décidé de troquer mes anciennes croyances sur l’éducation, l’aliénation et j’ai décidé de retirer le pouvoir que j’exerçais sur cet être qui n’est pas moi et qui possède déjà toutes les compétences et les potentialités pour s’intégrer dans ce monde. Cela demande du lâcher prise, que je n’ai pas toujours, de la patience, que je n’ai pas toujours, de la tolérance…envers moi même surtout et envers lui et envers mon compagnon de route.

Besoins de contribuer au bien être et à l’épanouissement de l’autre, besoin de connexion et de partage, d’authenticité et d’exercer mon libre arbitre…

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Est ce que mon besoin d’appartenance est nourrit aujourd’hui ? … ben non…

Car la plupart des gens que je rencontre ne connaissent pas cette vie, l’ignore ou la rejette. Peut être ont ils peur, peut être ont ils des croyances autres auxquelles ils tiennent pour garantir leur bien être. Et ils ont toutes les « bonnes » raisons du monde de croire en ce qu’ils croient et de faire ce qu’ils font…

Car quand je sors de chez moi, que nous allons dans des lieux publics, des jardins, ces lieux sont vides ou peu occupés…

Car quand je dis ce que je fais, on réduit toutes ces activités à des étiquettes : femme au foyer, école à la maison…

Et surtout je me sens triste de mesurer combien notre société a morcelé, séparé les individus : les nourrissons et bébés seuls avec leurs mamans (parfois papas) dans leurs maisons, les jeunes enfants dans les crèches ou chez les assistantes maternelles, les enfants rangés par tranche d’âges dans des classes, les adultes actifs dans des schémas sociétales : célibataires, sans enfants, jeunes couples, jeunes parents, les retraités dans les maisons…de retraites.

Que tous ces êtres ne sont plus en lien, mise à parts certaines actions réalisées en conscience, que je salue et qui me touchent.

Que choisir d’être au côté des enfants a pour conséquence de diminuer les stratégies qui nous font sentir appartenir à nos pairs… Il existe un fossé entre le monde des enfants et le monde des adultes.

Alors je reste avec mon besoin non nourrit et je chéri l’idée et l’aspiration qu’un jour je trouverai ma solution pour le combler !

Portez vous bien.

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Toute ma gratitude…

La Colère. Cette colère qui explose soudainement, cette colère sous-jacente, nos muscles se tendent, notre ventre se noue, notre coeur se ferme…

Quand mon fils a eu 21 mois environ, il a commencé à exprimer son mécontentement, ses frustrations, ses peurs, ses incompréhensions en nous tapant. Cette expression corporelle, gestuelle, commune aux tous petits qui n’ont pas d’autres moyens, a durée un an et demi environ…

Quand il me tapait j’ai ressenti d’abord de la colère et j’étais pleine de ressentiment. « Il n’a pas le droit de me taper, mais pourquoi il fait ça, il ne devrait pas!!! » Je m’attachais au pourquoi, je voulais comprendre, raisonner. J’ai passé une bonne période où je refusais cet acte, ce qui m’empêchais d’écouter le message caché derrière le geste et de me relier avec ce qui était précieux pour mon fils, ce qui était vivant et le précieux qu’il m’offrait en communiquant de la sorte avec moi.

J’ai lu que si un enfant exprime sa colère avec ses parents c’est qu’il se sent suffisamment en sécurité avec eux (la figure d’attachement qui peut aussi être une personne autre que les parents) pour lâcher toutes ces émotions qu’il serait potentiellement dangereux d’exprimer avec une personne avec qui il n’y a pas cet attachement, ce sentiment de sécurité. (Isabelle Filliozat, Catherine Gueguen en parlent très bien).

Oh combien ce que j’ai pu lire sur les besoins de l’enfant et les comportements qui expriment ces besoins, a pu m’aider pour me connecter à ce que vivait mon petit d’homme.

Et je remercie Isabelle Filliozat, Catherine Gueguen, Maria Montessori…et tant d’autres que j’ai pu lire et qui m’ont soutenus dans mon besoin de comprendre l’enfant.

Et sur cette colère qui me traversait et que je croyais à l’époque que mon fils en était la cause, j’ai découvert un soir de recherche sur le net où j’étais en quête de réponses, cette vidéo: La colère, d’Isabelle Padovani. Cette vidéo m’a donné une clef pour ouvrir mon coeur et vivre la détente à laquelle j’aspirais au fond. Ah enfin un début de piste qui me faisait voir ma colère autrement, non plus comme une chose horrible à réprimer, à contrôler, ou comme un droit d’expression à imposer sous toutes ses formes (cris, violence physique…) à l’autre. Mais comme un indicateur de ce qui se passe à l’intérieur de moi. Et tant que je n’irai pas accueillir ce qui se passe en moi, comment développer des compétences pour écouter l’autre? Par expérience je vois qu’il m’est souvent impossible de prendre soin de l’autre quand je n’ai pas pris le temps de prendre soin de moi.

De cette vidéo j’ai tiré le fil. Isabelle Padovani propose sur sa chaîne Youtube des centaines de vidéos (je ne passe pas un jour presque où je ne regarde pas une vidéo) qui sont des supports tellement précieux pour moi pour me soutenir dans l’apprentissage de l’interdépendance, de l’empathie, de l’auto-empathie, de l’amour de soi… Elle partage avec sincérité, joie, ouverture de coeur et clarté. Elle propose aussi des rencontres: les rencontres au coeur du vivant.

Toute ma gratitude à Isabelle Padovani pour cet élan de partage qui m’apporte détente, douceur et qui nourrit mon besoin de compréhension.

La clef si précieuse pour moi qui m’ouvre les portes de mon coeur est la pratique de la communication non violente que j’ai découverte en visionnant les vidéos d’Isabelle Padovani car elle partage largement sur cette pratique. C’est un outil qui me permet de ne plus subir ma propre violence interne induite par un langage duel et un conditionnement issu de l’expérience vécue dans mon enfance, et ne plus subir ou faire subir la violence aux autres. Cet outil me permet, en cet instant et dès que je décide de l’utiliser ou dès que ma conscience et mes moyens me permettent de l’utiliser, de vivre dans le monde dans lequel j’aspire, sans violence, et de ne plus attendre, exiger ou agir sur l’autre pour vivre ce que j’aspire à vivre. Je reprend ma responsabilité et je redonne sa responsabilité à l’autre.

Je voulais ici même partager ma gratitude pour cet homme, Marshall Rosenberg et tous ceux qui incarnent cette non violence et m’inspirent, ceux qui ont croisé mon chemin: Isabelle Padovani, Véronique Gaspard (formatrice en communication non violente), Sandrine Donzel, Karine Ducrot (accompagnante et personne ressource formée à la communication non violente), Thomas d’Ansembourg

J’aimerai vous parler aussi d’un homme Jacques Salomé. J’ai été touché par ces mots qui m’ont donné une clef importante dans ma relation à l’autre. Dans son livre: Papa, maman écoutez moi vraiment.  Une phrase inspirée de ce livre et que j’ai utilisé quand mon fils me tapait « Je vois que tu es en colère, tellement en colère que tu n’hésites pas à me le dire en me tapant. » Cette phrase a remplacé « c’est interdit de taper, ça fait mal, on ne le fait pas! ». Quand j’ai eu les moyens de remplacer cette phrase j’ai senti que c’était plus doux pour mon fils. Qu’il se sentait écouté. Et les tapes ont diminué. Elles n’ont pas disparu et j’ai accueilli la part de moi qui voudrait tant qu’il existe des mots magiques qui agissent sur l’autre pour lui faire cesser un comportement. Mais mon expérience est que ces mots que l’ont peut qualifier de « magique » (jugements, interprétations, impressions, exigences, menaces, punitions, récompenses…) car il font cesser un comportement a court ou moyen terme chez l’autre ont des conséquences à long terme: la culpabilité, le désamour de soi, la vulnérabilité, la colère intérieur…Et ce n’est pas mon rêve que mon fils vive ça car je n’ai pas moi même de joie à le vivre. Toute ma gratitude à cet homme.

 

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