La bienveillance est…quand je peux!

Je suis une maman bienveillante…quand j’en ai les moyens.

Avant d’avoir un enfant et une vie de famille, j’étais une personne assez polie, respectant les convenances, ne s’opposant que très rarement en société, disant le plus souvent oui, en pensant non. Les rares fois où je disais non, j’inventais une grosse excuse qui n’était pas la réalité. Ensuite, je culpabilisais, car j’avais appris, comme tout un chacun que « ce n’est pas beau de mentir ! ».

Puis, j’ai donné naissance à mon fils. Petit Etre dépendant de moi, du moins au début, et de mes choix. A sa naissance j’ai été sidérée.

J’avais plus ou moins entendu et cherché du côté des accouchements respectueux et physiologiques, mais dans la précipitation et pression (que je croyais devoir m’infliger) j’ai préféré opter pour l’accouchement à l’hôpital. Je m’accrochais pourtant à l’idée que réunir des conditions physiologiques serait profitable pour nous, et j’avais écrit avec mon compagnon une ébauche de projet de naissance. Ce projet de naissance, nous aurions pu le présenter à la maternité pour qu’ils en prennent connaissance. Mais nous ne l’avons pas fait. Lors des rendez-vous avec la sage-femme, j’étais effrayée et bloquée. Le rythme des entretiens n’était pas confortables pour que j’ai confiance. J’avais juste dis à l’anesthésiste que je ne voulais pas, à priori, de péridurale.

J’ai été surprise et démunie par la durée de l’accouchement. J’ai eu à mes côtés pour m’accompagner une sage-femme qui a répondu à mon besoin de délicatesse et de tact et qui me donnait du soutien quant à mon choix de ne pas avoir de péridurale. Elle avait des mots soutenant pendant le travail. Mais moi j’étais perdue et stressée… L’ouverture du col se faisait trop lentement et avait stoppé sa progression. La sage-femme me dit que, ayant un peu peur pour le bébé, elle préférait prendre la décision de m’injecter de l’ocytocine de synthèse. Ce qui impliquait des contractions plus fortes et un accouchement plus rapide et intense. Me sentant déjà très fatiguée j’ai choisie l’anesthésie, répondant à mon besoin de repos et de sérénité. Après la pose, je me suis mise à trembler de toute part, comme si quelque chose tout au fond refusait et une part de moi disait : « Mais qu’est-ce tu fou !! On avait dit sans  Péridurale ! »

Puis une fois mon petit d’ homme sorti, j’étais témoin (car incapable d’exprimer avec des mots…) de tout ce que je ne voulais pas pour lui: un cordon coupé dès le bébé expulsé, il fut emmené loin de moi pour lui déboucher la « tuyauterie », ce qui l’a fait pleuré, et une auxiliaire de puériculture qui prenait la tête de mon fils pour la coller à mon sein. J’ai exprimé que j’étais paniqué et désorienté, en pleurant. Je me rappel avoir dit à mon compagnon :  « Va le voir, il a besoin de nous, il est tout seul !!! »

Il y avait 5 ou 6 personnes dans la salle. Elles entraient et sortaient, elles parlaient entre elles… Mon attention était tourné vers cet extérieur et ce que je vivais ne répondait pas du tout à mon besoin d’intimité avec mon fils et mon compagnon.

Le lendemain matin une auxiliaire de puériculture vint me voir pour le bain de mon fils ! Elle prend mon fils et commence à le plonger dans l’eau. Il se met à pleurer. J’ai pleuré. J’étais effondrée.

Je m’arrête là dans mon récit pour vous dire que quelque chose au fond de moi était sur le point de changer. Le fait de devenir responsable d’un être, une flamme se ravivait. Comme une étincelle de vie. J’avais donné la vie et la vie reprenait aussi en moi.

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La part de moi polie, respectant les convenances, se sentait de trop et inefficace pour protéger ce petit être. Mais une part agressive, révolté se manifestait. Une part qui s’était tue pendant trop longtemps et qui bouillait, piaffait d’impatience. Cependant je n’étais pas de caractère à la laisser s’exprimer sans garde fou. J’avais peur qu’elle explose de toute part. Cette dualité était insupportable. Ce qui c’est plus ou moins retourné contre moi. A un moment donné il faut que ça sorte d’une manière ou d’une autre. Je me suis senti nulle en tant que maman, maladroite, et je ne comprenais pas cette révolte qui grondait en moi quand je croisais une personne de mon entourage ou dans la rue, qui me donnait un conseil (« Tu devrais arrêter d’allaiter si tu n’y arrive pas… »), me partageait un doute(« Il n’a pas trop chaud ou trop froid ?… »), une peur (« Attention, il va se faire mal !!…).

Et puis, ça c’est retourné contre mon fils aussi. J’ai eu des pensées négatives envers lui dans les périodes de creux. Ainsi que mon compagnon. Pour qui j’ai eu des paroles blessantes. J’étais fatiguée, épuisée moralement et parfois physiquement. Je ne voulais pas demander de l’aide autour de moi et je voulais mener la même vie qu’avant ! Je me sentais embrouillé et désorienté par ce changement qui s’opère quand on devient maman.

Je ne sais pas comment l’expliquer, petit à petit, croisant différents chemins, observant mon fils, et écoutant de plus en plus cette petite flamme naissante au fond de moi, je me suis reconnectée à la vie, à la joie. J’ai recréé du lien. Maladroitement parfois…avec violence souvent. Le chemin n’est pas sans détours, sans bosses, sans creux. Mais j’ai trouvé des solutions, j’ai pris conscience que la vie n’était pas duelle. Que ce n’était pas moi OU l’autre, mais moi ET l’autre. Et je crois que ça c’est en partie grâce à mon fils. Car avant lui c’était souvent moi qui me perdait face à l’autre. Maintenant que j’étais tombé en amour de cette petite vie naissante, il ne pouvait pas y avoir pour moi de domination ou de soumission face à cette vie.

Je suis une maman bienveillante, comme l’a été ma mère et sa mère avant moi…quand j’en ai les moyens ! Comme elles ont pu ! Et ce n’est pas rien d’en prendre conscience. Car mes aspirations à la bienveillance, à l’amour, au respect, sont grandes…mais je suis toute petite. Peut-être même parfois plus petite que mon enfant. J’ai eu la chance de tomber sur les paroles de ceux qui pour moi ont soufflé sur ma petite flamme renaissante. (je vous en parle ici). Ce fut comme une douce mélodie murmurée à mon enfant intérieur. Maintenant il me reste à cheminer doucement vers ce qui est doux pour moi, à garder ce lien avec moi-même, à cultiver l’amour de moi pour voir germer l’amour de l’autre, et à apprendre le bonheur. Car tout s’apprend, et c’est bien de ça dont il s’agit. Le bonheur n’est pas inné. L’amour que l’on porte à un enfant est en réalité sous conditions. Reste à nous déconditionner, déprogrammer de nos habitudes relationnelles, pour oser aimer pleinement un enfant.

La bienveillance pour moi c’est avant tout le lien avec ce qui est humain en nous. La bienveillance c’est apprendre à accueillir tout ce qui est vivant en nous et en l’autre. Ca s’apprivoise un jour, ça se décide un autre et ça fluctue sans cesse. On ne peut exiger quelle soit là. On ne peut qu’espérer POUVOIR lui faire une place à l’intérieur de nous, un peu plus grande chaque jour.

 

2 réflexions au sujet de « La bienveillance est…quand je peux! »

  1. Je suis bouleversée par ton article. Tellement sincère ! Tu as ouvert ton coeur pour nous montrer ta fragilité et c’est beau ! Parce que nous sommes tous des êtres fragiles qui faisons ce que nous pouvons !

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